Pourquoi les salons du cannabis tendent-ils à disparaître en Europe ?

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Il y a dix ans, l’Europe comptait une constellation de salons du cannabis : Spannabis Barcelone, Irun, Madrid, Malaga, Séville, Pampelune, Utrecht, Rome, Milan, Bologne, Naples, Vienne, Prague… Chaque pays Européen ou presque avait son rendez-vous, mi-foire commerciale, mi-festival. Aujourd’hui, plusieurs de ces événements ont disparu ou sont en pause, et d’autres ont dû déménager.

Pourtant, le tableau n’est pas celui d’un effondrement général. Pendant que certains salons s’éteignent, d’autres battent des records de fréquentation. Le durcissement légal dans certains pays et l’évolution globale du marché, en sont les principales causes. Le phénomène ressemble moins à une disparition qu’à une concentration : le paysage se resserre autour de quelques grands rendez-vous, là où la loi est la plus favorable. Décryptage.

L’âge d’or des salons européens

Les pionniers sont apparus au début des années 2000. CannaTrade, fondé à Zurich en 2001, est considéré comme le plus ancien salon du chanvre en Europe, et Spannabis s’est installé à Barcelone dès 2002.

La décennie 2010 a vu le modèle se multiplier et s’accélérer. En Italie, Canapa Mundi s’est imposé comme le plus grand événement du pays, avec plus de 28 000 participants et 200 exposants en 2019. À Prague, Cannafest a attiré la même année plus de 31 000 visiteurs. Au Pays basque espagnol, à deux pas de la frontière, Expogrow basé à Irun, était devenu le grand rendez-vous des amateurs français, avec des concerts de groupes comme Cypress Hill à son démarrage en 2012.

Le modèle économique était simple : des banques de graines, des growshops et des fabricants de matériel de culture en tous genres louaient des stands pour toucher en direct un public passionné. Pour les visiteurs, ces salons étaient bien plus qu’une foire commerciale : un lieu de rencontre, de militantisme et de fête.

À l’époque entre 2008 et 2015 l’industrie du cannabis était en pleine effervescence en Europe, des pays comme l’Espagne et l’Italie démontraient une tolérance plus importante que dans la majorité des pays de la communauté Européenne. Mais à partir de 2020, le vent a commencé a tourné, et notamment suite au Covid, qui avec un peu de recul, a sensiblement modifié la société dans son intégralité, pour ne pas dire directement qu’il l’a fragilisée d’une certaine manière.

Des salons qui s’éteignent, d’autres qui vacillent

Expogrow, le cas d’école. Le salon d’Irun avait déjà renoncé à son édition 2020 avant de revenir en septembre 2022 pour fêter ses dix ans. Un an plus tard, les organisateurs annonçaient une nouvelle pause, en invoquant notamment une baisse de fréquentation qui reflétait, selon eux, l’état du marché européen et français du cannabis. Depuis 2023, aucune date de retour n’a été annoncée . La perte d’attractivité de cette foire est en grande partie dûe au fait qu’il n’était pas possible d’acheter des graines féminisées de la plus haute qualité directement dans les boutiques growshops ou seeds shops en France auparavant.

Comme à partir de 2015 cette tendance a drastiquement changé, avec l’apparition de nombreux revendeurs établis sur le sol français, l’attractivité d’un grand nombre de visiteurs veus de France n’était clairement plus la même. L’Expogrow était basé à tout juste 300 mètres de la frontière française, l’objectif était cohérent à ses débuts en 2012, mais quelques années plus tard la pertinence n’était clairement plus de mise et le salon s’est logiquement éteint progressivement. Nous avons vécus toutes les éditions jusqu’en 2019, tout d’abord avec Dinafem, puis la dernière avec SILENT SEEDS, pour le 10ème anniversaire en 2022, le constat était clair et sans appel…

Groupe d’amis partageant un bon moment de convivialité au salon Mary Jane à Berlin

Spannabis, contraint à l’exil. Le plus célèbre salon européen a quitté Barcelone après plus de vingt ans. La raison officielle : son site de Cornellà devait être démoli, sans alternative adaptée dans la ville. Mais le contexte local s’était aussi durci, avec des descentes de police dans plusieurs clubs cannabiques à la veille de l’édition 2024 et également pour la dernière édition en 2025. Barcelone avait tout pour rencontrer un succès hors normes : une communauté de plus de 400 Cannabis Social Clubs dans le centre intra muros de la ville, plus de 10 jours d’évènements de qualité organisés aux quatre coins de la métropole, qui intéressaient parfois bien plus la communauté en général que la foire Spannabis elle-même.

De plus, Barcelone offre de multiples possibilités touristiques, avec de nombreux attraits pour la gastronomie de qualité, des musées, un patrimoine culturel riche et une communauté cannabique très forte ces dernières années, pour ne pas dire qu’elle était devenue l’épicentre du secteur en Europe à coup sûr. Le déménagement a un coût : la première édition à Bilbao, en avril 2026, a réuni un nombre assez important de visiteurs, mais cela reste incomparable para rapport à la version barcelonaise. L’avenir nous dira la suite dans les années à venir.

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L’Italie, un secteur sous le choc. En avril 2025, un décret sécurité a interdit la transformation et le commerce des fleurs de chanvre, menaçant quelque 3 000 entreprises de la filière. Le décret a été signé le jour même de l’ouverture d’Indica Sativa Trade, le plus ancien salon italien du secteur. Pour les organisateurs, voir une partie de leurs exposants potentiels fermer ou s’exiler est une menace directe.

L’Italie a clairement fait un retour en arrière incroyable, car elle comptait pas moins de 5 ou 6 foires cannabiques jusqu’en 2019, par la suite la fragilisation de la société suite au Covid et le changement politique avec le gouvernement Meloni, ont clairement mis à mal tout le marché Italien, concernant les fleurs de CBD ainsi que les produits dérivés contenant du cannabidiol, comme l’ensemble des growshops et distributeurs grossistes.

Les causes d’un recul

Les causes de tous ces changements progressifs sont le fruit de l’évolution générale du marché, qui atteint une certaine maturité, mais aussi aux différents durcissements législatifs notamment en Espagne, Italie, mais aussi en France, alors que L’Allemagne très stricte jusque là, a légalisé à partir du printemps 2024.

Une insécurité juridique persistante. Dans la plupart des pays européens, le cannabis récréatif reste interdit, et les salons évoluent dans une zone grise. Un changement de loi, comme en Italie, ou un durcissement local, comme à Barcelone, peut fragiliser un événement du jour au lendemain. Les organisateurs doivent composer avec des autorisations incertaines et des exposants qui hésitent à s’afficher.

Le choc du Covid. Les annulations de 2020 et 2021 ont cassé la dynamique de nombreux salons. Certains, comme Expogrow et bien d’autres, ne s’en sont jamais vraiment remis, malgré un retour en 2022.

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Un public qui se raréfie. L’effervescence ou effet de nouveauté des débuts (autours de 2005-2008) est en berne, beaucoup de gens sont maintenant équipés, ou bien font leurs achats directement sur des boutiques en ligne et moins dans des boutiques physiques franchisées ou non, comme la franchise française Culture Indoor qui était une institution sur le marché français, et qui a récemment définitivement fermée ses portes.

Un autre facteur, la jeune génération semble en partie moins aventurière également pour se lancer dans la culture, qui lui parait être une activité trop contraignante à différents niveaux, ou bien qui s’est tout simplement désintéressée de ce hobby passionnant. Cela peut se comprendre, car un pays comme L’Allemagne donne un accès facile et légal aux produits finis, il est très aisé d’acheter des fleurs de cannabis à un rapport qualité prix intéressant et livré directement au pas de la porte de tout citoyen en passant commande depuis une simple application digitale. La qualité n’est peut être pas optimale, mais l’accès aux produits est plus que faciliter.

Un bon moment de partage entre amis à Mary Jane berlin 2026



Il est important de dire également que les tendances de consommations évoluent avec le temps, il semblerait que le tabagisme recule significativement chez les jeunes comme de manière générale au sein de la société, ce qui est une excellente chose en matière de santé publique pour l’évolution globale de la population, qui consomme donc logiquement aussi moins de cannabis que dans le passé, c’est un fait.

La jeunesse semble être de plus en plus en quête d’un mode de vie plus sain, en prenant des habitudes quotidiennes plus « healthy », au niveau de leur alimentation, mais aussi ils prennent plus soin de leur apparence en pratiquant davantage d’activités sportives, et on ne peut que les encourager à cet égard.

Des coûts élevés pour les exposants. Location de stand, déplacement, hébergement, personnel : participer à plusieurs salons par an représente un budget important. Dans un secteur où beaucoup d’entreprises restent petites, les marques ont tendance à concentrer leurs dépenses sur un ou deux événements majeurs en toute logique.

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La concurrence du numérique. Réseaux sociaux, boutiques en ligne, influenceurs : une partie de ce que les salons offraient, découvrir des nouveautés et rencontrer les marques, se fait désormais à distance, même si le contact direct reste irremplaçable.

L’aimant allemand. Depuis la légalisation partielle de 2024, l’Allemagne attire l’essentiel de l’attention et des budgets. Mary Jane Berlin est passé de 28 500 visiteurs en 2023 à plus de 40 000 en 2024, puis environ 60 000 à 65 000 en 2025. Chaque marque qui investit à Berlin a moins de moyens pour les autres salons Européens.

Ceux qui résistent et se réinventent

À l’autre bout du spectre, plusieurs rendez-vous se portent très bien. Mary Jane Berlin a fêté sa dixième édition en juin 2026 avec plus de 500 exposants et environ 75 000 visiteurs attendus, devenant le plus grand salon du cannabis en Europe. La même année, CannaTrade a célébré ses 25 ans à Zurich, CULTIVA a réuni plus de 120 exposants à Vienne, et Cannafest se tient à Prague du 6 au 8 novembre cette année.

Les survivants ont en commun d’avoir fait évoluer leur formule :

  • Plus de professionnels. Journées réservées aux acheteurs, espaces d’affaires, conférences : les salons deviennent des lieux où se signent des contrats, pas seulement des fêtes. Certains, comme l’ICBC de Berlin, ont même fait le choix d’un format purement professionnel, fermé au grand public.
  • Une place pour le médical. Pavillons dédiés aux professionnels de santé et débats réglementaires accompagnent l’essor du cannabis thérapeutique.
  • L’expérience festival. Concerts, food trucks, compétitions de variétés : les grands salons misent sur l’événementiel pour attirer un public plus large.
  • Un ancrage dans des pays plus ouverts. Allemagne, Suisse, République tchèque, Autriche : les salons qui prospèrent se trouvent souvent là où la législation évolue.

De nouveaux événements plus modestes apparaissent aussi, comme HamCan à Hambourg, ou encore la Cannafair à Düsseldorf, preuve que la demande existe toujours quand le cadre légal suit.

Conclusion

Les salons du cannabis ne disparaissent pas d’Europe : ils se concentrent. Les petits rendez-vous régionaux, fragilisés par l’insécurité juridique, le Covid, la baisse de fréquentation et des exposants aux budgets limités, s’éteignent ou se mettent en pause. Dans le même temps, quelques grands événements implantés dans des pays plus ouverts, Berlin en tête, captent l’essentiel du public et des marques.

L’avenir de ces salons dépendra largement de l’évolution des lois. Si d’autres pays suivent l’exemple allemand, de nouveaux rendez-vous pourraient éclore. À l’inverse, chaque durcissement réglementaire risque d’en faire disparaître d’autres. Une chose est sûre : la culture du salon, mélange de commerce, de rencontre et de fête, a encore de beaux jours devant elle, mais plus forcément près de chez vous comme auparavant.

Cet article est fourni à titre informatif. La législation sur le cannabis varie selon les pays : en France, l’usage et la culture de cannabis contenant du THC restent interdits.

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