Dans dix villes néerlandaises, les coffeeshops ne vendent plus que du cannabis cultivé légalement. Une première évaluation officielle, publiée en septembre, fait état d’une offre nettement élargie, mais d’aucun effet mesurable à ce stade sur la consommation ou la sécurité.
Depuis le 7 avril 2025, les 71 coffeeshops d’Almere, Arnhem, Breda, Groningue, Heerlen, Maastricht, Nimègue, Tilburg, Zaanstad et Voorne aan Zee ne peuvent plus s’approvisionner qu’auprès de cultivateurs agréés par l’État. Baptisé officiellement Experiment gesloten coffeeshopketen, le programme est plus connu aux Pays-Bas sous le nom de « wietexperiment ».
Le 11 novembre, la Chambre des députés doit débattre des premiers résultats de cette expérience, censée déterminer si une filière légale du cannabis peut fonctionner, de la culture jusqu’à la vente.
Un système toléré mais jamais légalisé
Le cannabis n’a jamais été légal aux Pays-Bas. Depuis les années 1970, le pays applique une politique de tolérance, le gedoogbeleid : la vente de petites quantités en coffeeshop n’est pas poursuivie, mais la culture reste interdite.
Ce compromis a créé ce que les Néerlandais appellent le « problème de la porte arrière » (achterdeurprobleem). Les coffeeshops vendent ouvertement au comptoir, mais doivent se fournir auprès de producteurs illégaux, faute de filière autorisée (cannabisindustrie.nl).
Critiqué pour alimenter le crime organisé et empêcher tout contrôle de la qualité des produits, ce système est au cœur du programme lancé par les autorités, qui vise à tester une chaîne d’approvisionnement entièrement légale.
Dix villes, dix producteurs, une chaîne fermée
Placé sous la responsabilité des ministères de la Justice et de la Santé, le programme repose sur des producteurs privés titulaires d’une licence, et non sur une production d’État. Dans les dix communes concernées, la participation est obligatoire pour tous les coffeeshops. Amsterdam, qui concentre une large part des coffeeshops du pays, n’en fait étrangement pas partie.

Les producteurs ont été sélectionnés parmi 149 candidats, à l’issue d’un examen des dossiers, d’un tirage au sort et d’une enquête d’intégrité. Le dixième et dernier entré dans la course, Legacy Brands, a débuté ses activités en février 2026. Deux d’entre eux sont désormais contrôlés par des groupes canadiens cotés en Bourse : Leli Holland, détenu à 80 % par Village Farms, et CanAdelaar, dont Cronos Group a finalisé le rachat le 15 octobre dernier.
Chaque produit est enregistré par les producteurs comme par les coffeeshops, et l’Inspection Justice et Sécurité est chargée de vérifier que rien ne sort du circuit. L’importation et l’exportation restent interdites (cannabisindustrie.nl).
Des années de retard
Inscrit dans l’accord de coalition de 2017, le programme a connu plusieurs reports, les producteurs n’étant pas en mesure de fournir des volumes, une qualité et une diversité suffisantes. La phase de transition a notamment dû être prolongée. Le programme est entré dans sa phase principale en avril 2025, pour une durée prévue de quatre ans, suivie d’une phase de démantèlement en l’absence de décision contraire (cannabisindustrie.nl).
| Date | Étape |
|---|---|
| 2029 | Décision du gouvernement sur la suite |
| Été 2028 | Rapport final de la commission d’évaluation |
| 11 novembre 2026 | Débat en commission à la Chambre des députés |
| 9 septembre 2026 | Publication de la première évaluation |
| Février 2026 | Le dixième producteur commence ses livraisons |
| 1er septembre 2025 | Fin de la tolérance pour le haschich non réglementé |
| 7 avril 2025 | Début de la phase expérimentale : seul le cannabis réglementé est autorisé |
| 17 juin 2024 | Phase de transition dans les dix villes |
| 15 décembre 2023 | Phase de démarrage à Breda et Tilburg |
Une offre élargie, des effets encore invisibles
Réalisée par Breuer&Intraval, RAND Europe et l’institut Trimbos pour le compte du centre de recherche du ministère de la Justice (WODC), la première évaluation porte sur la période allant d’avril 2025 au premier trimestre 2026. Les chercheurs ont comparé les dix villes du programme à dix villes témoins restées sous le régime de tolérance, et analysé les menus de 134 coffeeshops (cannabisindustrie.nl).
| Indicateur (villes du programme) | Mesure de référence (2022) | 2025-2026 |
|---|---|---|
| Variétés d’herbe proposées, en moyenne | 10,8 | 34,2 |
| Coffeeshops vendant des produits comestibles | 34 % | 94 % |
| Coffeeshops vendant des concentrés | 17 % | 70 % |
| Prix moyen de l’herbe, par gramme | 12,06 € | 10,08 € |
| Prix moyen du haschich, par gramme | 11,68 € | 21,12 € |
L’évolution la plus marquée concerne l’offre, nettement plus diversifiée, et le prix de l’herbe, en légère baisse. Celui du haschich a en revanche presque doublé, car son origine et la qualité est maintenant bien différente, avec une qualité bien supérieure. Auparavant, ou jusqu’il y a peu, on pouvait assez facilement trouver de nombreux hashichs traditionnels et originaires du Maroc, d’Afghanistan, d’Inde, du Pakhistan, du Népal, ou d’autres territoires lointains à des prix plus accessible. Cependant, il faut reconnaître que les différentes extractions de cannabis actuelles comme le Hash moderne, démontrent un standard de qualité bien au dessus en matière de qualité perçue.
Sur la fréquentation des coffeeshops, la consommation, la santé, la sécurité et la qualité de vie, l’étude ne relève pas de différence nette avec les villes témoins. Le marché illégal se maintient, ses clients citant principalement des prix plus bas et la possibilité d’acheter de plus grandes quantités. Les chercheurs jugent la période d’observation encore trop courte pour tirer des conclusions sur les effets du programme.
Le Parlement attendu au tournant
Le gouvernement de Rob Jetten, en fonctions depuis février 2026, a confirmé dans son accord de coalition la poursuite et l’évaluation du programme (cannabisindustrie.nl). Le 11 novembre, la commission Justice et Sécurité de la Chambre des députés tiendra un débat sur la politique en matière de drogues, dont cette évaluation est pour l’heure le seul point inscrit à l’ordre du jour (cannabisindustrie.nl).
Plusieurs points devraient alimenter les discussions : l’éventuelle extension du programme à d’autres villes, le prix du haschich légal face au marché illégal, ou encore l’entrée de groupes étrangers cotés au capital des producteurs. Interrogé sur une légalisation complète, le directeur général de Cronos Group, Mike Gorenstein, a estimé qu’elle nécessiterait au moins trois ou quatre sites de culture supplémentaires.

Aucune décision de fond n’est attendue à court terme. Trois autres évaluations annuelles doivent être publiées d’ici 2028, avant un rapport final à l’été 2028 et une décision du gouvernement prévue en 2029.
Ce qui change pour les consommateurs
Dans les dix villes concernées, l’ensemble des produits vendus provient désormais de producteurs agréés et identifiés. Outre l’herbe et le haschich, la grande majorité des coffeeshops propose aujourd’hui des produits comestibles et des concentrés, une offre auparavant marginale.
Ailleurs dans le pays, y compris à Amsterdam, Rotterdam et La Haye, le régime de tolérance reste en vigueur et l’approvisionnement des coffeeshops continue de reposer sur le marché illégal.
Pour les visiteurs étrangers, le programme ne modifie pas les règles existantes : la vente reste réservée aux majeurs et limitée en quantité. Certaines communes, notamment frontalières, limitent par ailleurs l’accès des coffeeshops aux non-résidents.
Un bilan d’étape encore partiel
Dix-huit mois après le passage à un approvisionnement exclusivement légal, le programme néerlandais a profondément modifié l’offre des coffeeshops participants, avec des produits tracés et plus variés. Le prix du haschich légal, la persistance du marché illégal et l’absence d’effet mesurable sur la santé et la sécurité restent en revanche des points d’interrogation.
Le débat parlementaire du 11 novembre devrait donner une première indication des intentions politiques. Le bilan complet n’est pas attendu avant 2028, et l’avenir du cannabis légal aux Pays-Bas ne devrait pas être tranché avant 2029. Bien évidemment, chez SILENT SEEDS, nous suivons de près l’évolution de cette actualité.
Cet article est fourni à titre informatif. La législation sur le cannabis varie selon les pays : en France, l’usage et la culture de cannabis contenant du THC restent interdits.



